EDF va devoir mettre à l’arrêt ses quatre réacteurs de la centrale du Tricastin dans les plus brefs délais. L’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) craint un risque de rupture d’une digue de protection en cas de séisme majeur. L’électricien, qui conteste la nécessité d’arrêter sa production, a déjà engagé les travaux de renforcement.
Jeudi 28 septembre, l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) a demandé à EDF la mise à l’arrêt temporaire "dans les délais les plus courts" des quatre réacteurs de 900 MW de la centrale du Tricastin (Drôme). Le responsable de la sûreté nucléaire en France craint les conséquences possibles d’un incident survenu sur le site nucléaire le 18 août dernier.
L’ASN fait référence à "un risque de rupture d’une partie de la digue du canal de Donzère-Mondragon pour les séismes les plus importants étudiés dans la démonstration de sûreté nucléaire. L’inondation en résultant pourrait conduire à un accident de fusion du combustible nucléaire des quatre réacteurs de la centrale nucléaire du Tricastin et rendrait particulièrement difficile la mise en œuvre des moyens de gestion d’urgence internes et externes", expliquent les experts indépendants.
Une audition d’EDF, menée sur cette question le 26 septembre, semble ne pas avoir écarté les craintes de l’ASN. Cette dernière a même décidé de reclasser cet événement au niveau 2 de l’échelle INES (Échelle internationale des événements nucléaires) qui compte sept échelons.
Du côté d’EDF, on se plie bien sûr à la décision du gendarme de l’atome, non sans toutefois se défendre. "EDF, en tant qu’exploitant responsable de la sûreté de ses installations, ne partage pas la nécessité d’arrêter les quatre réacteurs pendant la durée des travaux. Néanmoins, EDF mettra en œuvre la décision de l’ASN dans les meilleurs délais", explique l’électricien qui exploite les 58 réacteurs du territoire.
L’entreprise se justifie : "Les reconnaissances géotechniques réalisées sur cette digue ont mis en évidence le besoin de renforcement d’une courte portion. EDF a cependant démontré à l’ASN que la digue résiste à un séisme dit ‘Séisme Majoré Historiquement Vraisemblable’ (SMHV)". Le SMHV est un séisme majorant des séismes historiques observés au voisinage de la centrale, positionné à l’endroit le plus pénalisant pour les installations, rappelle l’entreprise.
Un risque en cas de séisme extrême
L’incident révélé en août est lié au fait que "La robustesse de la digue en cas de survenue d’un séisme dit ‘Séisme Majoré de Sécurité’ (SMS), séisme hypothétique d’une énergie cinq fois supérieure à celle du SMHV, n’a pas pu être démontrée de manière certaine par les analyses et calculs réalisés", explique l’entreprise.
Quoi qu’il en soit cette dernière annonce d’ores et déjà le déroulé de ses opérations. "Sous un mois, des travaux de renforcement de la digue vont être réalisés, permettant de garantir sa tenue en situation de Séisme Majoré de Sécurité", commence-t-elle. Elle ajoute que "Sans attendre ces travaux de renforcement, une protection complémentaire au muret de protection périphérique existant, est en cours d’installation et sera opérationnelle sous quelques jours. Ce dispositif permet de garantir qu’il n’y aurait pas d’arrivée d’eau au niveau des réacteurs en cas de Séisme Majoré de Sécurité pendant la période des travaux".
La tenue des réacteurs nucléaires et de leurs installations afférentes face aux risques sismiques et d’inondation est une question majeure depuis l’accident de Fukushima en 2011. Des stress-tests ont été menés sur l’ensemble du parc. Des "travaux complémentaires de sûreté" d’un montant de 10 milliards d’euros ont été engagés par EDF avec l’avant d’ASN pour renforcer la sûreté du parc tricolore. Ces chantiers s’inscrivent plus globalement dans le programme de "Grand Carénage" de 51 milliards d’euros qui visent à porter la durée de vie des tranches nucléaires française de 40 à 50, voire 60 ans.
Ludovic Dupin, @LudovicDupin