Conflit VTC : « une question de répartition des richesses »

"Notre engagement, c’est d'augmenter le nombre de chauffeurs uniquement quand le chiffre d’affaires augmentera." Bertrand Altmayer, fondateur de Marcel. - iStock
"Notre engagement, c’est d'augmenter le nombre de chauffeurs uniquement quand le chiffre d’affaires augmentera." Bertrand Altmayer, fondateur de Marcel. – iStock

Depuis des mois, la colère ne cesse de monter chez les chauffeurs de VTC, ces voitures de transport avec chauffeur. Dans leur viseur : Uber. Ils accusent le géant américain du secteur de les "réduire en esclavage". La mission de médiation mise en place par le gouvernement devait rendre ses conclusions cette semaine. Elle va poursuivre son travail dans les jours qui viennent, afin qu’Uber précise "l’effort considérable" qu’il entend mener. Être une entreprise de VTC signifie-t-il nécessairement exploiter ses chauffeurs ? Non, affirme Bertrand Altmayer, fondateur de Marcel, un opérateur made in France. 

Novethic. Une entreprise de VTC peut-elle être responsable ? 
Bertrand Altmayer. Oui, très clairement. C’est un secteur en croissance de 20% dans les grandes villes occidentales. De beaucoup plus dans celles des pays en développement. La question qui se pose est celle de la répartition des richesses.
Le cadre légal actuel autorise beaucoup de choses, dont les pratiques d’Uber (actuellement dénoncées par les chauffeurs, NDLR). Uber capte une grande partie de la valeur créée. Chez Marcel, nous avons une approche de plus long terme. Nous croyons fondamentalement que notre activité ne peut être pérenne que si tout le monde y trouve son compte. Le fait que de nombreux chauffeurs qui travaillent avec nos concurrents ne s’y retrouvent pas menace la survie de notre secteur.

Vous êtes une petite structure et vous prélevez sur les courses de vos chauffeurs une commission plus basse que vos concurrents. Quel est le montant de cette commission ? Comment gagnez-vous de l’argent ?
Notre commission est de 15%. Chauffeur privé est à 22 %. Uber est à 25 % hors taxe. Nous dépensons moins en frais marketing. Nous avons donc une croissance plus lente que les autres entreprises de VTC.

2100 euros nets par mois



Combien vos chauffeurs gagnent-ils en moyenne ? 
Nos simulations nous permettent d’estimer ce montant à 2100 euros nets par mois. Ils ne s’agit pas d’un salaire de cadre supérieur, mais ils gagnent honnêtement leur vie. Pour parvenir à cette estimation, nous avons regardé la moyenne de courses effectuées chaque mois par nos 1200 chauffeurs associés ainsi que le temps de trajet moyen des courses. Nous avons aussi intégré les temps d’approche, le taux d’utilisation…
Nous encourageons par ailleurs les chauffeurs à faire jouer la concurrence entre plateformes de VTC et à développer une clientèle propre. Notre message, c’est : "Ne soyez pas dépendant d’un seul opérateur".

L’un des reproches adressés à Uber est de ne pas payer ses impôts en France. Et vous ? 
Notre siège est à Paris. Tout est déclaré en France.

"Les politiques et les journalistes font notre publicité"



Faites-vous de votre politique de rémunération et de votre politique fiscale des arguments marketing pour attirer des clients, notamment une clientèle pouvant être rétive au transport VTC ? 
Il ne s’agit pas d’une communication active. Mais depuis le début, nous avons voulu remettre l’humain au cœur de notre projet. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous avons baptisé notre société Marcel. Ce sont les journalistes et les hommes politiques qui font notre promotion en nous citant en exemple. Ce fut le cas de Manuel Valls (alors Premier ministre, NDLR) et du député Laurent Grandguillaume (rapporteur PS de la loi permettant de concilier l’activité des taxis et celle des VTC, NDLR).
Nos bonnes pratiques nous permettent également d’avoir de plus en plus de demandes de la part des chauffeurs qui souhaitent travailler avec nous. Mais nous sommes obligés de faire un tri car nous n’avons pas assez de courses pour donner du travail à un trop grand nombre de personnes.
Notre engagement, c’est d’augmenter le nombre de chauffeurs uniquement quand le chiffre d’affaires augmentera. L’équilibre entre l’offre et la demande est difficile à trouver car nous devons satisfaire nos clients en ayant toujours des véhicules disponibles. Mais pas trop non plus pour ne pas pénaliser nos chauffeurs.

Êtes-vous, au même titre qu’Uber, visé par le sentiment de révolte qui gronde chez les chauffeurs de VTC ?
Non. Elle est très cristallisée autour d’un seul acteur. Je suis d’ailleurs solidaire de leur combat. De notre côté, nous n’avons pas attendu qu’ils se mettent en grève pour ouvrir le dialogue avec eux. Nous avons mis en place un groupe de travail dès le 2 novembre. Nous y évoquons tous les sujets : le prix de la course, les charges, la couverture sociale et la déconnexion.
Il s’agit de mettre en place avec des représentants des chauffeurs des bonnes pratiques. On se pose par exemple ce type de questions : Quand un chauffeur doit-il être déconnecté ? Pour quelles raisons ? Ils ont des obligations vis-à-vis de nous, mais nous en avons aussi vis-à-vis d’eux.

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