Le train de nuit Paris-Berlin abandonné par la SNCF est relancé par une coopérative

Les usagers continuent de se mobiliser pour la relance des lignes de nuit Paris-Berlin et Paris-Vienne, comme ici en gare de Vienne le 11 novembre 2025. @Oui au train de nuit
Les usagers continuent de se mobiliser pour la relance des lignes de nuit Paris-Berlin et Paris-Vienne, comme ici en gare de Vienne le 11 novembre 2025. @Oui au train de nuit

Le train de nuit Paris-Berlin devait s’arrêter en décembre après avoir été lâché par la SNCF. Mais c’était sans compter sur la coopérative ferroviaire European Sleeper qui vient d’annoncer reprendre la liaison.

Le train de nuit entre Paris et Berlin pourrait bien repartir de plus belle dès mars 2026. Abandonné par la SNCF, il devait s’arrêter définitivement le 14 décembre prochain, suite à la fin du versement de la subvention accordée depuis 2023 par l’Etat français. Mais c’était sans compter sur la reprise du service par European Sleeper. Le 12 novembre dernier, la coopérative ferroviaire belgo-néerlandaise a en effet annoncé relancer la liaison entre les deux capitales européennes à partir du printemps prochain.

Trois allers-retours par semaine sont pour l’instant prévus, soit un service similaire à celui que proposait jusqu’ici la SNCF. L’itinéraire devrait lui être un peu modifié, passant dans les Hauts-de-France plutôt qu’en Alsace, avant de rejoindre la Belgique, puis l’Allemagne. Ce faisant, European Sleeper complète son offre existante entre Bruxelles et Berlin, rendant « la nouvelle liaison Paris-Berlin à la fois plus viable économiquement et plus compatible avec le réseau actuel des trains de nuit », explique l’opérateur.

2,3 millions d’euros nécessaires

« Nous sommes fiers de lancer cette ligne ferroviaire de nuit essentielle, prouvant ainsi qu’une approche entrepreneuriale peut renforcer le transport ferroviaire international tout en aidant l’Europe à évoluer vers une mobilité plus durable », affirme Chris Engelsman, cofondateur de European Sleeper. L’ambition de la compagnie est de connecter les grandes villes européennes afin de répondre à l’engouement croissant des voyageurs du Vieux continent pour le rail. Pour cela, elle opère d’ores et déjà une ligne de nuit reliant Bruxelles et Prague, via Amsterdam, Berlin et Dresden.

Depuis sa création en 2021, European Sleeper a ainsi transporté plus de 230 000 passagers et travaille à l’ouverture de deux autres liaisons en 2026, vers Milan et Barcelone. Par le biais de son modèle coopératif, 6 000 particuliers, entreprises et institutions ont investi dans la compagnie, lui permettant de recueillir au total sept millions d’euros. L’opérateur espère maintenant lever 2,3 millions d’euros supplémentaires d’ici la fin de l’année. « Les fonds récoltés serviront à couvrir les frais de préparation du lancement de la ligne Paris-Berlin, les coûts liés à l’acquisition du matériel roulant nécessaire et les éventuelles pertes opérationnelles initiales pendant la phase de démarrage », déclare European Sleeper dans un communiqué.

Un modèle non subventionné

Plusieurs points sont toutefois encore en suspens, comme l’obtention des sillons, c’est-à-dire des créneaux horaires durant lesquels les trains pourront circuler, auprès de trois gestionnaires d’infrastructure ferroviaire, dont SNCF Réseau. A cela s’ajoute la question des canaux de distribution des billets et de leur prix, afin d’atteindre un équilibre économique satisfaisant. La compagnie vise pour cela un taux de remplissage de 60%. Un objectif qui semble raisonnable, les trains de nuit opérés par la SNCF entre Paris et Berlin étant remplis en moyenne à 70%.

Mais le challenge est de taille. « Atteindre l’équilibre économique sans subventions reste aujourd’hui un pari », rappelle le collectif Oui au train de nuit. Pour la SNCF, l’aide de 5,5 millions d’euros versée jusqu’à cette année par la France était « indispensable pour assurer la viabilité économique » de la liaison de nuit Paris-Berlin. « L’essor des trains de nuit ne peut pas reposer uniquement sur des acteurs privés, aussi volontaristes soient-ils », confirme Alexis Chailloux, responsable Transports du Réseau Action Climat (RAC).

L’association appelle au maintien d’une subvention publique afin d’assurer la pérennité du service dans le temps, mais aussi pour relancer la ligne Paris-Vienne, qui n’a pour l’heure pas trouvée de repreneur. « C’est aujourd’hui l’unique liaison ferroviaire directe entre la France et l’Autriche, souligne le collectif Oui au train de nuit. En l’absence de train de nuit, la plupart des voyageurs risquent donc de se reporter sur l’avion, bien plus polluant ».

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