Risque carbone: le fonds norvégien doit-il exclure ou non les compagnies pétrolières?

Pour lutter contre le changement climatique, le fonds le plus riche du monde (870 milliards de dollars d’actif) nourri par l’exploitation pétrolière devrait-il refuser d’acheter les actions des compagnies pétrolières ou de producteurs de charbon?  Le débat, ouvert en Norvège au début de l’année http://www.novethic.fr/lapres-petrole/energies-fossiles/isr-rse/le-fonds-norvegien-pourrait-renoncer-aux-energies-fossiles-142328.html  , a pris des proportions internationales avec la publication d’un rapport d’experts en décembre. Les auteurs estiment que le changement climatique pose bien des problèmes éthiques et financiers au fonds norvégien mais que cela ne lui impose pas d’éliminer tous les producteurs de charbon et de pétrole de ses investissements.


Chef de file de l’investissement responsable dans le monde, le fonds norvégien a été un pionnier exemplaire dont les choix éthiques sont répliqués par de très nombreux investisseurs. Rattrapé par le débat sur le risque carbone, https://www.novethic.fr/isr-et-rse/actualite-de-lisr/isr-rse/risque-carbone-la-lente-prise-de-conscience-des-investisseurs-institutionnels-142947.html, il est désormais confronté à de nouveaux choix énergétiques. Le rapport d’experts publié le 3 décembre et réalisé par un groupe de six personnalités dirigées par Martin Skancke, l’ancien gestionnaire du fonds et actuel président des Principes pour l’investissement responsable www.unpri.org , est brandi par les investisseurs responsables comme la doctrine à suivre.


Le message de ce document de 70 pages http://www.regjeringen.no/pages/116606488/expertgroup_report.pdf
? D’abord, ʺ le changement climatique pose des questions éthiques et financières auxquelles le fonds norvégien doit apporter des réponses ». Les experts recommandent donc au fonds norvégien « d’intégrer sa contribution à la lutte contre ce phénomène dans ses lignes directrices d’investissement éthique et de mettre en place un mécanisme lui permettant d’exclure, au cas par cas, les compagnies les plus émettrices de gaz à effet de serre. ʺ
Ils encouragent le fonds à utiliser son pouvoir d’actionnaire pour pousser les entreprises à diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre. Mais ils réfutent l’exclusion systématique des producteurs de charbon et de pétrole : ʺ utiliser le fonds norvégien comme un instrument de politique climatique n’est ni adapté ni efficace. Le concept de risque carbone ne peut être le guide de sa stratégie d’investissement.ʺ

Décarbonisation contre désinvestissement

Il n’a fallu que quelques jours pour que le rapport fasse référence dans le débat très animé autour du rôle des investisseurs dans la lutte contre le changement climatique https://www.novethic.fr/gouvernance-dentreprise/engagement-actionnarial/isr-rse/sommet-mondial-pour-le-climat-142799.html. On y trouve d’un côté les tenants d’une décarbonisation des portefeuilles par l’élimination des entreprises les plus émettrices de carbone sans exclusion à priori du pétrole et du charbon. Ceux-ci se voient plutôt confortés par le rapport des experts du fonds norvégien. De l’autre côté, on trouve les militants du désinvestissement qui veulent lutter contre le changement climatique en asséchant les sources de financement de l’industrie pétrolière par une exclusion systématique des grands investisseurs https://www.novethic.fr/lapres-petrole/energies-fossiles/isr-rse/energies-fossiles-l-appel-au-boycott-des-etudiants-141783.html. Ceux-ci auraient aimé que le fonds étende ses exclusions éthiques aux secteurs producteurs d’énergies fossiles.

Cap vers les technologies vertes

ʺLe risque carbone commence à exister dans le débat politique norvégien qui a toujours privilégié l’exclusion des secteurs controversésʺ, explique Christine Tørklep-Meisingseit, responsable de la recherche ESG (environnement, social et gouvernance) du grand assureur norvégien Storebrand. ʺMais je ne suis pas surprise que le fonds ne souhaite pas aller aussi loin que nous. Storebrand exclue les producteurs de charbon en raison du risque carbone. C’est pour nous une réalité impérative. Mais nous sommes plutôt isolés aujourd’hui.ʺ

Pour Idar Kreuzer, de Finance Norway, le rapport des experts a cependant une autre vertu : ʺce rapport très crédible montre que le fonds est aujourd’hui conscient qu’il doit réparer les dommages environnementaux pour continuer à avoir de la croissance.ʺ Il y a peu, le directeur général du fonds norvégien annonçait d’ailleurs que les investissements dans les technologies vertes allaient être accélérés à partir du 1er janvier 2015 pour près de 3 milliards de dollars.

La prochaine étape du débat se déroulera en mars devant le Parlement norvégien où le fonds présentera comme chaque année son rapport d’activités. Il devrait à cette occasion lever le voile sur sa stratégie de lutte contre le changement climatique. Les Norvégiens et les investisseurs responsables sauront à ce moment-là si le fonds a décidé de suivre ou non les recommandations des experts. Ils pourront alors s’appuyer sur une doctrine qui devrait faire jurisprudence pour de nombreux investisseurs responsables.

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