Axa mise sur les « Transition bonds » pour transformer l’économie

Thomas Buberl, le directeur général d'Axa, a présenté la nouvelle stratégie climat du groupe. - DR
Thomas Buberl, le directeur général d'Axa, a présenté la nouvelle stratégie climat du groupe. – DR

Lors de sa conférence Climate Impact, Axa a annoncé l’émission de son premier « Transition bond », dans le cadre d’une stratégie climat plus globale. Terrain encore à défricher, ces obligations manquent encore de standards de transparence communs.

Axa veut trouver de nouveaux moyens de transformer l’économie vers un modèle bas carbone. Lors de son événement Climate Impact, qui se tenait le 27 novembre dans le cadre de « Paris for tomorrow », Thomas Buberl, son directeur général, a annoncé une stratégie climat ambitieuse, dont l’une des pierres angulaires repose sur le lancement de « Transition bonds ». Une première obligation a été annoncée – première d’une longue série, espère l’assureur.


D’un montant de 100 millions d’euros, cette obligation lancée avec le Crédit Agricole va financer des projets d’entreprises visant à réduire leur empreinte carbone, sans pour autant que ces investissements puissent être qualifiés de verts. « Il existe aujourd’hui les Green bonds, qui permettent d’investir dans des nouvelles énergies vertes, mais il nous manque les outils pour investir dans des activités brunes qui veulent faire leur transition« , explique Céline Soubranne, la directrice de la responsabilité sociétale et environnementale d’Axa. Elle cite, parmi les projets qui seront financés, la transformation du système de propulsion d’un bateau vers le gaz naturel, ou encore la conversion au gaz en Amérique du Sud d’une unité de de production d’électricité à partir du charbon.

Trouver de nouveaux débouchés

Ces Transition bonds agitent depuis plusieurs mois le milieu des assets managers. Les sociétés de gestion sont confrontées à la trop petite taille du marché des obligations vertes d’entreprises, la demande des investisseurs dépassant l’offre disponible. Les Transition bonds permettent de trouver de nouveaux débouchés. « Il faut multiplier par cinq les montants d’investissement pour la transition, explique Xavier Musca, directeur général délégué du Crédit Agricole. Toutes ces sommes ne pourront pas aller uniquement dans les énergies renouvelables. Une partie ira vers le gaz ou l’efficacité énergétique. » Selon le dirigeant de la banque française, des industries comme les mines ou la chimie doivent améliorer l’efficacité énergétique. « Nous devons les y aider« , déclare-t-il.

Quelques Transition bonds ont déjà été émis, comme celui du producteur de bœuf brésilien Marfrig qui voulait financer son approvisionnement en bétail avec des fournisseurs s’engageant à ne pas déforester. Le « sustainable transition bond » de 500 millions de dollars sur dix ans a remporté un certain succès, en étant sursouscrit trois fois. Mais en suscitant la controverse.

Le risque ? Que le bénéfice climat ne soit pas avéré. Contrairement aux Green bonds, dont les procédures sont encadrées par les Green bonds principles, les Transition bonds constituent encore une innovation sans cadre précis. Des critiques sur le Transition bond de Marfrig pointaient le fait que la politique sur la déforestation était déjà engagée, l’additionnalité de l’obligation n’était donc pas certaine. Axa a donc pris les devants en se dotant de ses propres principes de transparence. Les équipes de recherche ESG (environnemental, social et de gouvernance) de sa filiale de gestion d’actifs développent depuis plusieurs mois des recommandations pour les émetteurs, en termes de reporting, de procédure ou de stratégie de développement durable.

« Les Transition bonds doivent cibler les projets, mettre en place des indicateurs et montrer les efforts additionnels pour la transition énergétique« , explique Céline Soubranne. Elle cite l’exemple du projet de conversion d’une centrale charbon en centrale à gaz en Amérique du Sud, qui permet de réduire de 60 % les émissions de gaz à effet de serre. Pour Xavier Musca, ces obligations de transition auront une autre vertu : « Que faisons-nous en lançant cette classe d’actifs ? Nous encourageons les entreprises à former un plan pour réduire leurs émissions« , assure-t-il. Ces nouvelles obligations pourraient aussi habituer progressivement les émetteurs à ces outils très normés et, peut-être, les inciter ensuite à se tourner vers les Green bonds.

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