[À l’origine] Le jour où le pétrole a changé la face du monde en atteignant le prix « inabordable » de 12 dollars par baril

AU début des années 70, un ensemble d'évenements permettront à l'OPEP de faire quadrupler les prix du pétrole sur les marchés mondiaux. - DR
AU début des années 70, un ensemble d'évenements permettront à l'OPEP de faire quadrupler les prix du pétrole sur les marchés mondiaux. – DR

Pendant des décennies, le pétrole a soutenu l’économie mondiale grâce à son faible coût et son abondance. Le monde, devenu accro à l’or noir, subira un terrible contre-coup en octobre 1973, alors que les cours vont tripler en pleine guerre du Kippour entre une coalition de pays arabes et Israël. C’est alors que les pays dépendants des importations découvriront leur vulnérabilité.

Cette semaine, le monde pétrolier est entré en pleine science-fiction. La baisse de la demande de pétrole, due à la crise du Covid-19, est telle que le baril américain, le WTI, s’est échangé à prix négatif sur les marchés pendant plusieurs heures. Concrètement, pour chaque baril de dollars acquis, on vous donnait en plus quelques dollars. Les crises ne sont pas si fréquentes dans l’histoire de l’or noir, mais lorsqu’elles surviennent, c’est le monde entier qui trésaille.
Au lendemain de la seconde guerre mondiale, la croissance mondiale s’est bâtie sur une énergie bon marché, en particulier le pétrole… jusqu’à octobre 1973. En quelques semaines, le prix du baril va quadrupler, passant d’environ 3 dollars à 12 dollars. On est loin des barils à 150 dollars que nous avons connu à la fin des années 2000, mais, en euros constants, cette hausse est considérable et suffira à mettre de nombreux pays à genoux en faisant exploser leur déficit commercial.
Guerre du Kippour et volonté de l’OPEP
La cause de cette hausse est une décision de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) qui fit monter les prix à l’occasion de la guerre du Kippour. Le 6 octobre, Israël se fait attaquer par une coalition d’États arabes menée par l’Égypte et la Syrie. Le cartel pétrolier sanctionnera par cette hausse des prix les États-Unis et d’autres puissances occidentales qui soutiendront l’État hébreu. Outre la raison géopolitique, cela faisait plusieurs années que l’OPEP, créée en 1960, voulait gonfler les cours.
Le contexte y était favorable depuis le début des années 1970. L’une des principales raisons est le pic pétrolier des États-Unis atteint au début des années 70. Le pays était alors le premier producteur mondial. Mais ses volumes de pétrole "facile à extraire" décroissaient et l’approvisionnement extérieur allait devenir crucial pour ce pays assoiffé d’hydrocarbures. De quoi faire peser la balance considérablement en faveur de l’Arabie Saoudite.
En réalité, les États-Unis disposaient encore de considérables ressources de pétroles non conventionnels, tels que les sables bitumineux, le pétrole marin du Golfe du Mexique, ou celui en Alaska. Mais leur exploitation était alors bien trop chère. Quant au pétrole de schiste, son extraction n’explosera qu’au début des années 2010 grâce à des progrès technologiques, remettant d’ailleurs les États-Unis en tête des pays producteurs en 2018 (devant l’Arabie Saoudite et la Russie).
Guerre Iran-Irak
Si le pétrole connaît par la suite de nombreuses période de volatilité et d’instabilité, deux autres grandes crises seront des points de bascule de l’économie mondiale : celle de 1979 due à la révolution islamique en Iran et à la guerre Iran-Irak qui suivra. Alors que les sources d’approvisionnement des pays consommateurs se réduisent, l’Arabie Saoudite fera encore monter les prix en baissant sa production.
La troisième crise n’est pas le fruit d’une guerre, mais d’une inflation considérable du baril qui, entre 2003 et 2008, va croître de 20-25 dollars à près de 150 dollars, avant de s’effondrer lors de la crise financière. La cause de cette hausse sera l’extraction de réserves pétrolières de plus en plus complexes et difficiles d’accès. De quoi faire grimper les prix des projets pétroliers. Cet épisode forcera toute l’industrie à repenser ses méthodes de travail pour reprendre en main la maîtrise de ses coûts.
Ludovic Dupin @LudovicDupin

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