« Savoir à quoi sert l’entreprise », l’ambition de Jacques Huybrechts pour le Parlement des entrepreneurs d’avenir

Jacques Huybrecht, le président du réseau des entrepreneurs d'avenir lancé il y a 10 ans. - @Des entrepreneurs d'avenir
Jacques Huybrecht, le président du réseau des entrepreneurs d'avenir lancé il y a 10 ans. – @Des entrepreneurs d'avenir

Le Parlement des entrepreneurs d’avenir, dont Novethic est partenaire, vient de fêter ses 10 ans. Il se tiendra les 22 et 23 janvier à l’OCDE autour du thème "Humanisons le progrès". Son président, Jacques Huybrecht, nous livre sa vision sur l’évolution du rôle des entreprises et les freins qui restent à lever.

Novethic : Le Parlement des entrepreneurs d’avenir vient de fêter ses 10 ans. Quelle évolution de l’entreprise voyez-vous et correspond-elle à la vision que vous aviez de son avenir en 2009 ?
Jacques Huybrechts : Nous avons lancé le Parlement et le réseau il y a dix ans pour promouvoir un modèle conjuguant progrès économique, social et environnemental. Nous avions tenu à la faire à l’Assemblée nationale, pour adresser un message aux élus. Il a fallu presque la décennie pour que la loi prenne cela en compte via la loi Pacte. Je pense que celle-ci permet de refonder l’entreprise en profondeur à travers la modification du code civil, la possibilité d’intégrer sa raison d’être dans les statuts voire de se transformer en société à mission.
En dix ans, nous sommes passés d’une responsabilité sociétale des entreprises (RSE) de conformité à une RSE de contribution positive à la société. La question n’est plus seulement de savoir comment l’entreprise intègre les limites sociales et environnementales dans ses activités mais de savoir à quoi elle sert et, plus largement, de quel progrès voulons-nous ?
Les mobilisations sur le thème de l’entreprise contributive permettent-elles de changer d’échelle ou restons-nous dans le cercle des convaincus ?
Cette dynamique a permis de faire bouger les acteurs économiques. Regardons le Medef qui combattait la loi Pacte et qui a finalement été la première à se doter d’une raison d’être ! Cette dynamique doit nous donner la force d’interpeller. C’est pourquoi nous avons lancé un manifeste pour une finance de progrès social et environnemental. Nous sommes nés à l’époque de la dernière crise financière. Dix ans plus tard force est de constater que le secteur ne s’est pas suffisamment transformé. L’urgence dans laquelle nous nous trouvons doit nous amener à redéfinir la mission de la finance. Elle doit revenir à ses fondamentaux et réviser la notion de profit à l’aune des nouveaux enjeux auxquels la planète et notre société sont confrontées.
À ce jour, un appel en ce sens est signé par 50 acteurs économiques et financiers (dont Novethic, ndlr) mais nous attendons que bien d’autres nous rejoignent. Il faut aussi créer plus de ponts entre les générations et les expertises. C’est pour cela que nous avons adossé au Parlement des entrepreneurs d’avenir un colloque scientifique avec l’ONG Nature Right pour sensibiliser et mobiliser sur l’enjeu de la nature comme personne morale. C’est aussi le sens de notre parlement des jeunes.
Quels sont les freins à lever pour accélérer ?
Outre la mobilisation de la finance autour de l’économie positive, il faut rendre l’engagement des entreprises plus visible. Cela passe par la transparence et la fiscalité. Il est tout aussi nécessaire de renchérir le prix du carbone pour se détourner des activités les plus polluantes, que de baisser les taxes sur les produits éco-concus pour inciter les entreprises à s’engager dans les activités les plus vertueuses. Ce qu’il nous faut en somme, c’est plus de courage politique !
Propos recueillis par Béatrice Héraud, @beatriceheraud 

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