Lundi 6 janvier, après seulement trois jours ouvrés, les grands patrons au Royaume-Uni ont déjà perçu l’équivalent de la rémunération annuelle moyenne d’un salarié, selon une étude de deux centres de recherche. Ce jour est appelé outre-Manche le "Fat Cat Day" et intervient toujours dans les premiers jours de janvier.
Un salarié au Royaume-Uni a gagné en moyenne 29 559 livres (34 752 euros) l’année passée. Il a suffi de trois jours aux directeur général d’un groupe appartenant à l’indice boursier FTSE-100, qui comprend les plus grandes capitalisations britanniques, pour gagner cette somme. Ceux-ci touchent une rémunération 117 fois plus élevée que le salaire moyen du pays, selon les calculs du High Pay Centre et du Chartered Institute of Personnel and Development (CIPD).
Cette journée est traditionnellement baptisée le "Fat Cat Day" ou "jour des gros bonnets" par ceux qui dénoncent les disparités de rémunération dans les grandes entreprises britanniques. Dans leur rapport, les deux centres de recherche estiment que le sujet des hauts revenus sera l’un des grands enjeux de 2020. Ce sera la première année au cours de laquelle les entreprises britanniques de plus de 250 employés seront obligées de dévoiler l’écart de salaire entre le directeur général et le salarié moyen.
Des pay ratio choquants
"Publier les chiffres n’est qu’un début. Il faut que les entreprises s’expliquent et justifient les très hauts niveaux de rémunération pour leurs principaux dirigeants", estime Peter Cheese, directeur général du CIPD. Pour Luke Hildyard, directeur du High Pay Centre, ces écarts de revenus "contribuent à faire du Royaume-Uni l’un des pays les plus inégalitaires en Europe".
La ministre des Entreprises, Andrea Leadsom, estime que le rapport publié lundi sur les écarts de revenus est "choquant". "Les chiffres sont un peu meilleurs que ce qu’ils étaient (…) mais la situation est encore inquiétante en particulier dans ces cas où les dirigeants ont été récompensés même s’ils ont déçu leurs salariés et clients", souligne-t-elle.
Ce type d’écart est loin d’être limité au seul Royaume-Uni. En tête de peloton, on trouve les États-Unis. Dans sa Note orange sur les inégalités salariales et les risques Sociaux de Novembre 2019, Novethic rappelle que "la rémunération des dirigeants des 350 plus grandes entreprises américaines a bondi de 940 % entre 1978 et 2018, pendant que celle des salariés moyens ne progressait que de 12 %". C’est également le pays avec le plus grand Pay ratio, c’est-à-dire l’écart entre les rémunérations les plus élevées et le salaire médian au sein des entreprises. Il atteint 273 pour 1 outre-Atlantique, contre 136 pour 1 en Allemagne, 117 pour 1 au Royaume-Uni, 104 pour 1 en France*.
Ludovic Dupin avec AFP
*Données 2018, sauf pour France (2017).