Peugeot et Renault font figure de bons élèves dans la transition vers des véhicules moins émetteurs. Mais l’étude de la World Benchmarking Alliance sur les constructeurs automobiles mondiaux montre une filière encore très en retard pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. Les SUV, plus rentables, sont encore trop favorisés dans les plans marketing, au détriment de voitures hybrides ou électriques.
Le secteur automobile a encore beaucoup de chemin à faire pour réduire ses émissions de CO2. C’est le constat fait par la World Benchmarking Alliance (WBA), qui a classé 25 constructeurs automobiles mondiaux en fonction de leur performance climatique. Le résultat est loin d’être à la hauteur des objectifs fixés par l’Accord de Paris, avec une grande majorité de constructeurs qui n’atteignent pas leurs cibles d’émissions. « En ce moment, on assiste à une transition vers une économie bas carbone avec les pieds sur le frein« , déplore Vicky Sins, directrice des benchmarks climat et énergie chez WBA.
Les marques européennes s’en tirent toutefois un peu mieux que les autres et trustent les cinq premières places du classement. Le groupe Peugeot atteint la première place du podium, suivi de BMW et de Renault, tandis que les Chinois Dongfeng Motors et Saic Motors corporation demeurent bons derniers. Le classement a été établi en suivant la méthodologie ACT (Assessing low Carbon Transition) développée par l’Ademe et CDP, qui permet d’évaluer la stratégie climat des entreprises par rapport à une trajectoire vers une économie bas carbone.
Des ventes de véhicules à faible émission encore marginales
La méthode permet d’évaluer à partir d’une vingtaine de critères aussi bien la performance climat véritable de l’entreprise, en fonction de son activité actuelle, que la cohérence des informations fournies par le constructeur par rapport à une trajectoire bas carbone, et la tendance vers laquelle se dirige l’entreprise. Peugeot se distingue ainsi des autres parce que, selon la WBA, il place la décarbonation de son activité au cœur de sa stratégie à court, moyen et long terme. La marque au Lion s’est ainsi fixé l’objectif de réaliser 50 % de ses ventes avec des véhicules électriques d’ici 2035.
Mais d’un point de vue global, le secteur automobile demeure très en retard pour s’adapter à une économie décarbonée. Sur les 25 constructeurs étudiés, 21 disposent d’un véhicule à faible émission dans leur gamme (voiture électrique ou hybride), Mazda, Subaru Suzuki et Tata Motors n’en ayant pas. Mais pour 16 d’entre eux, ces véhicules à faibles émissions ne représentent que 1 % des ventes annuelles totales.
Des investissements nécessaires
Le marketing des constructeurs auto se concentre en effet bien plus sur des voitures plus polluantes, comme les SUV (carrosserie à mi-chemin entre la berline et le 4×4). Des députés français avaient d’ailleurs proposé d’interdire la publicité automobile sur ces carrosseries, sans succès. Selon WBA, moins de la moitié des constructeurs mondiaux font une promotion active pour leurs véhicules électriques. Et pourtant, l’exemple de Tesla démontre que le marketing sur l’expérience client dans une voiture électrique fonctionne.
La route pour des automobiles moins émettrices de gaz à effet de serre reste donc encore longue. La World Benchmarking Alliance plaide pour que les constructeurs se mettent en ordre pour faire bouger le marché vers des achats de véhicules électriques, mais aussi vers des solutions de mobilité différentes. Selon le rapport, plus de la moitié des constructeurs ont lancé des activités exploratoires sur des business models différents : autopartage, économie d’usage, infrastructures, etc. Mais ces activités demeurent trop marginales, selon WBA, et devraient faire l’objet d’investissements plus massifs.
Arnaud Dumas, @ADumas5