La Commission européenne a déjà publié une stratégie climat ambitieuse. La Banque européenne d’investissement, son outil financier de mise en œuvre de sa politique, s’y met à son tour en décidant de ne plus financer les projets liés aux énergies fossiles. Une petite révolution pour la BEI, souvent pointée du doigt par les ONG. Sa nouvelle stratégie doit cependant encore être validée par les États membres, à partir de septembre.
La décision est le fruit d’un processus de concertation auprès des parties prenantes de la BEI (ONG, citoyens, entreprises, etc.) mis en place depuis le mois de janvier. Ce sont eux qui ont fait remonter la nécessité de mieux prendre en compte le réchauffement climatique dans son activité. Début juillet, les Amis de la Terre dénonçaient les 7,9 milliards d’euros les prêts octroyés entre 2015 et 2018 au secteur des énergies fossiles, soit 21 % du total des prêts de la banque.
Les dirigeants de l’institution luxembourgeoise semblent donc avoir pris en compte ces critiques. "Bien qu’elle comprenne totalement le rôle que les énergies fossiles continueront de jouer dans les systèmes énergétiques européens pour au moins la prochaine décennie, la banque fournit une plus grande additionnalité* en se concentrant sur les défis et les besoins d’investissement de plus long terme du secteur de l’énergie", écrivent-ils dans leur rapport.
Cette nouvelle stratégie a été bien accueillie par les ONG, qui attendent depuis longtemps que l’organe de financement européen aligne sa stratégie de prêt à l’économie sur un objectif de 1,5 degré. Elles restent toutefois en alerte. Le document publié par la BEI doit encore être validé par les États membre de l’Union européenne, tous actionnaires de la banque. Ils se réunissent pour en discuter à partir du 10 septembre prochain.
Tout se jouera à ce moment-là et les ONG commencent déjà à mettre la pression sur les États. Notamment sur la France, l’un des principaux actionnaires. L’idée de transformer la BEI en une banque européenne du climat, reprise en partie par Ursula von der Leyen, la prochaine présidente de la Commission européenne, est portée en effet par Emmanuel Macron.
Arnaud Dumas @ADumas5
*L’additionnalité est la valeur additionnelle apportée par l’investissement public aux financements privés.