La fondation L’Oréal s’emploie à déployer une offre de soins de beauté et de bien-être auprès des patients atteints de cancer depuis 2016. À Lille, elle a financé la mise en place d’une cabine dédiée au sein de l’hôpital de jour. Une façon pour l’entreprise leader de la beauté de militer pour la reconnaissance de ces soins oncologiques de support et pour une prise en charge par la Sécurité sociale.
"Ça n’est pas que du maquillage !", lance d’emblée Houria, cadre infirmier en charge des soins de support au centre Unicancer Oscar Lambret, à Lille. C’est elle qui a coordonné la création d’un espace de soins au sein de l’hôpital de jour pour les patients atteints de cancer, en partenariat avec la fondation L’Oréal. Dans ce havre de paix, l’orange des murs et le parquet en bois clair contrastent avec la froideur du centre hospitalier.
Cet après-midi, Fanchon, une pimpante grand-mère de 83 ans, passe sous les mains expertes de Monique, la socio-esthéticienne. Après un ras-de-cil, technique qui permet de redonner de l’intensité à son regard, elle choisit de poursuivre par une manucure. "C’est important de prendre soin de soi, d’être chouchoutée parce que ce n’est pas tous les jours facile. On peut vite sombrer. Ici il y a les conseils beauté mais surtout l’écoute."
Seulement 10 à 12 % des patients y ont accès
"Beaucoup de patients nous confient que les soins leur font du bien, les aident à se détendre, à être moins stressés, à supporter les traitements, la maladie elle-même. Après les séances, les patientes nous disent aussi que cela les a réconciliées avec leur corps, que le regard négatif qu’elles portaient sur elles-mêmes s’est transformé en un regard différent, voire bienveillant", témoigne Monique Blondel, directrice des soins au Centre Oscar Lambret.
Ces soins de beauté et de bien-être ont officiellement été reconnus comme "soins oncologiques de support" par l’Institut national du cancer et le Plan Cancer depuis 2003, mais ils restent encore peu accessibles. Seulement 10 à 12 % des patients y auraient accès. Leur intérêt n’est pourtant pas remis en cause. Selon un sondage Odoxa réalisé par l’entreprise, 79 % des bénéficiaires supporteraient mieux les traitements et 84 % disent avoir une meilleure estime d’eux.
"La prise en charge du cancer ne s’arrête pas au traitement de la maladie, poursuit Houria. Les soins de support font du bien et c’est tout aussi important. Ils permettent de restaurer la confiance en soi et de réparer certains impacts dus aux traitements (sourcils, cils, peau). Les patients en oublient presque qu’ils sont malades." Grâce au partenariat avec la fondation L’Oréal, le centre lillois a pu embaucher une seconde socio-esthéticienne et ainsi toucher plus de patients.
Vers une prise en charge par la Sécu ?
Depuis 2016, la Fondation L’Oréal noue des partenariats avec les centres Unicancer ou encore avec des associations comme Siel Bleu ou Rose pour déployer les soins de beauté et de bien-être à l’hôpital et en ville. 48 structures en cancérologie proposent désormais ces soins de beauté et de bien-être, et 13 500 personnes atteintes de cancer ont bénéficié gratuitement de ces soins en France.
"C’est aussi à travers la prise en charge et le remboursement des soins de beauté et de bien-être que l’accès au plus grand nombre pourra être rendu possible", précise Alexandra Palt, directrice générale de la Fondation L’Oréal. L’objectif est de multiplier par trois le nombre de patients bénéficiant de ces soins d’ici 2021.
Concepcion Alvarez, envoyée spéciale à Lille