L’EPR de Flamanville est confronté à des écarts de qualité sur des soudures découvertes il y a plus d’un an. La remise en conformité de celles-ci est clé pour EDF afin de mettre en service le réacteur avant 2021, date à laquelle le gouvernement prendra des décisions sur l’opportunité de construire de nouveaux réacteurs en France. Mais le PDG d’EDF Jean-Bernard Lévy prévient que de nouveaux retards sont attendus.
Très mauvaise nouvelle pour la construction de nouveaux réacteurs nucléaires en France. Le PDG d’EDF Jean-Bernard Lévy a indiqué mardi 18 juin que la reprise de certaines soudures de l’EPR, en construction à Flamanville (Manche), va entraîner un retard dans la mise en service du réacteur nucléaire. "Nous allons avoir du retard à cause de la reprise de ces soudures", a confirmé le patron d’EDF lors d’une conférence.
Mi-avril, l’électricien avait déjà reconnu que diverses recommandations de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) "pourraient" se traduire par de nouveaux retards et surcoûts de l’European Pressurised Reactor (EPR). Cela concerne des "écarts de qualités" sur des soudures du circuit secondaire de l’EPR (celui qui conduit la vapeur brûlante depuis le réacteur jusqu’à la turbine). Après avoir contrôlé 148 des 150 soudures, EDF a conclu que 53 d’entre elles étaient à refaire. Dix autres présentent de légères anomalies.
Dans un communiqué, EDF précise qu’"un point précis sur le calendrier et le coût de construction de l’EPR de Flamanville sera effectué après la publication de l’avis de l’ASN, attendu dans quelques semaines". Il y a un an, EDF avait annoncé des "écarts de qualité" sur des soudures du réacteur nucléaire en construction dans la Manche, en Normandie, dont le démarrage est officiellement prévu fin 2019, avec déjà 5 ans de retard et un grand surcoût de 5 milliards d’euros.
Date charnière de 2021
"En France, on a rencontré de nombreux obstacles", a ajouté Jean-Bernard Lévy. Mais il tempère "On a un EPR en Chine qui fonctionne parfaitement bien". En effet, depuis mai dernier, les deux réacteurs EPR de Taishan sont en fonctionnement. Leur mise en service s’est faite quasiment dans les temps et les coûts annoncés à l’origine. Il faut dire que la filière industrielle du pays est largement mobilisée pour le développement du parc national.
Le retard Français est à mettre en regard de l’annonce faite par l’exécutif sur la suite de l’aventure nucléaire française. Début 2019, le gouvernement a annoncé que toute décision sur le nouveau nucléaire sera prise mi-2021 par le biais d’un programme de travail avec la filière en faisant un point sur sa capacité industrielle, sur les coûts de construction, sur les moyens de financements, sur les besoins…
Cette date devait coïncider avec la mise en service et un certain retour sur le fonctionnement du réacteur EPR normand. Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire mettait d’ailleurs en avant "la sagesse d’attendre que Flamanville ait fait la preuve de son fonctionnement avant d’engager des décisions sur le nouveau nucléaire". Encore faudra-t-il que celui-ci ait le temps de faire ses preuves. Le nouveau calendrier fourni par EDF va peser très lourd dans les décisions à venir.
Ludovic Dupin avec AFP