L’analyse des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) est largement répandue dans les fonds d’investissement non cotés. Une étude de PwC montre qu’une grande majorité d’entre eux a commencé à les intégrer dans la gestion de leurs portefeuilles pour s’assurer d’investir dans des entreprises pérennes.
L’industrie du capital-investissement veut miser sur la durabilité des entreprises en pratiquant l’investissement responsable. C’est ce que révèle une étude menée par le cabinet PwC. Selon elle, 95 % des sociétés françaises de private equity déclarent avoir mis en place ou être en cours d’intégration des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leurs pratiques. Et 90 % d’entre elles ont développé des indicateurs de suivi de leur stratégie.
Ce mouvement est le résultat d’un long travail mené en partie au sein de France Invest, l’association des fonds d’investissement non cotés. "Nous avons commencé à travailler avec France Invest dès 2008, en pleine crise financière, se rappelle Émilie Bobin, associée au sein du département développement durable chez PwC. Il fallait intégrer les questions de durabilité dans le travail des investisseurs, pour investir dans des entreprises pérennes. C’était une vraie conviction de leur part."
Investir dans des entreprises durables
Au départ, quelques fonds d’investissement convaincus se lancent. "Puis c’est devenu un mouvement de fond, notamment parce que des investisseurs institutionnels se mettaient à leur poser des questions sur le sujet", confie Émilie Bobin. Selon l’étude de PwC, le private equity français est même légèrement en avance par rapport à ses homologues internationaux, qui sont 91 % à avoir une stratégie d’investissement responsable.
Pour Marc Guyot, en charge de l’ESG du fonds d’investissement LBO France, la nature même du métier pousse les acteurs à s’intéresser à ces thèmes. "Nous investissons dans le non coté, donc pour une certaine durée, entre quatre et sept ans", rappelle-t-il. La capacité de résilience et de transformation de ces entreprises se révèle cruciale pour ces fonds et guide leur analyse des risques et opportunités ESG. "Nous étudions avec le management chaque thématique ESG et nous les hiérarchisons en fonction de l’activité de l’entreprise, de sa taille, sa maturité et ses lieux d’exercice", souligne Marc Guyot.
Selon l’étude de PwC, le risque de l’éthique des affaires demeure en tête des préoccupations des fonds d’investissement, pour 92 % d’entre eux. Le risque environnemental est également pris en compte de longue date, sous l’angle de la question des déchets, de la pollution des sols, etc. Le risque climatique, lui, s’il préoccupe 83 % des répondants de l’étude, n’a émergé que beaucoup plus récemment.
"Il y a eu une accélération de la prise de conscience en amont de la COP21, estime Marc Guyot. Cinq grands fonds d’investissement non cotés ont lancé en 2015 l’Initiative climat 2020, dans laquelle nous nous engagions à prendre en compte le risque climatique dans nos réflexions d’investissement, à y sensibiliser le management des entreprises, à regarder la matérialité du risque et à prendre des mesures."
Climat et ODD commencent à être pris en compte
Cette initiative demeure toutefois encore l’affaire de précurseurs et ne s’est pas généralisée dans tout le private equity français. En 2018, 24 fonds d’investissement, sur les plus de 300 membres de France invest, ont signé cette initiative reconnue par les Principes de l’investissement responsable (PRI) des Nations Unies, et se sont engagés à adopter sa méthodologie. Les fonds non cotés ayant une thématique verte sont malgré tout en augmentation constante. Selon une étude de Novethic, ces fonds verts européens (private equity, infratructures, immobilier, etc.) cumulaient 57,6 milliards d’actifs en 2018.
La prise en compte des Objectifs de développement durable (ODD) en est aussi à ses débuts, 46 % des répondants de l’étude PwC déclarant s’y référer. "Nous les regardons avec intérêt car ils ont le mérite d’être très contributifs dans la stratégie ESG et compréhensibles par tous. Mais il faut d’abord s’assurer que les pratiques de l’entreprise la rende robuste et durable et soucieuse de ses parties prenantes avant de mettre en œuvre les ODD", souligne Marc Guyot.
Ce travail mené avec les entreprises permet une transformation directe des entreprises accompagnées. "C’est l’avantage du private equity, ils ont un vrai poids et un vrai levier d’action sur l’entreprise, qu’ils soient majoritaires ou minoritaires dans le capital", soutient Émilie Bobin. Avec un impact sur l’économie française de plus en plus important, les investissements dans les entreprises non cotées ayant atteint les 14,3 milliards d’euro en 2017, un record. La conséquence de ces stratégies sur la valorisation des entreprises demeure toutefois encore incertaine.
"Cela reste difficile à évaluer", remarque Émilie Bobin. Selon elle, l’intégration des critères ESG dans l’analyse des sociétés et dans la gestion des portefeuilles permet surtout de favoriser la confiance entre les investisseurs et le management de l’entreprise. "L’ESG adresse en effet des sujets sensibles comme l’éthique et est lié à la culture de l’entreprise, dit-elle. In fine, ce sont des déterminants essentiels de la valeur d’une entreprise."
Arnaud Dumas @ADumas5