[Objectif RSE] Air liquide met les gaz pour faire baisser son intensité carbone

Air liquide vient d’annoncer un objectif de réduction de 30% de son intensité carbone entre 2015 et 2025 pour ses actifs - @Airliquide
Air liquide vient d’annoncer un objectif de réduction de 30% de son intensité carbone entre 2015 et 2025 pour ses actifs – @Airliquide

Comment mieux diffuser la RSE (responsabilité sociétale des entreprises) en interne et dans son écosystème ? Cette question, toutes les entreprises engagées se la posent. Novethic a recensé les bonnes pratiques des grands acteurs économiques, qui ont fait leurs preuves. En cette période de négociations climatiques, zoom sur Air Liquide qui vient de prendre de nouveaux engagements en termes d’amélioration de l’intensité carbone.

Si les États sont en ce moment même réunis en Pologne pour définir les modalités de l’Accord de Paris, les industriels ont également un "rôle majeur à jouer pour relever le défi du changement climatique", assure Benoît Potier, PDG d’Air Liquide. Le géant des gaz industriels vient d’annoncer un objectif de réduction de 30 % de son intensité carbone entre 2015 et 2025. L’approche se veut globale en incluant ses clients et l’ensemble de son écosystème.
"La définition de cet objectif s’inscrit dans le cadre de notre stratégie globale 2016-2020 qui fait du développement durable l’un des axes de notre compétitivité", assure David Meneses, directeur développement durable d’Air Liquide. Pour établir cet objectif et sa mise en œuvre, un groupe de travail réunissant plusieurs métiers de l’entreprise (Développement durable, R&D, relations investisseurs, communication, etc.) a travaillé pendant plusieurs mois. "Nous avions notamment des attentes fortes des investisseurs et de nos clients", souligne le responsable.
Une réduction de 30 % de l’intensité carbone de la production directe
Le plan climat d’Air Liquide se divise en trois axes. Le premier concerne les actifs propres de l’entreprise : c’est sur cette partie que l’intensité carbone, calculé en kilogramme de CO2 par euro d’EBITDA, doit être réduite de 30 % entre 2015 et 2025. Si l’objectif n’a pas été élaboré en valeur absolue, comme préconisé par les experts, c’est que le business model d’Air liquide repose la production en interne des gaz industriels pour ses clients.
Ainsi permettre à ses clients d’émettre moins de CO2, Air liquide doit prendre en charge une partie de la production d’énergie et donc augmenter ses propres émissions. "En reprenant la production de ses clients, Air Liquide récupère également dans son bilan leurs émissions. À l’échelle de la planète, l’effet est positif, puisque nous produisons plus efficacement", précise David Meneses.
Pour réduire l’intensité carbone de ses actifs, le groupe prévoit d’agir sur ses achats d’électricité d’origine renouvelable, en investissant directement dans des fermes solaires ou éoliennes. Il veut aussi travailler sur l’efficacité énergétique de ses unités de production grâce à la rénovation des unités existantes ou le big data. Enfin, il souhaite réduire les émissions liées au transport de ses produits comme les bouteilles de gaz acheminées par la route.
Impliquer les clients et l’écosystème
Autre axe de progression : la fourniture de solutions bas carbone pour ses clients comme la production d’hydrogène, la cogénération, la production personnalisée sur site ou l’oxycombustion. En prenant en charge ces activités pour le compte de ses clients (industrie et santé essentiellement), Air liquide estime pouvoir éviter l’émission de 5 millions de tonnes équivalent CO2, soit 15 à 20 % d’économie pour ses clients.
L’entreprise travaille aussi à des technologies plus disruptives, mais qui nécessitent encore un coup de pouce réglementaire ou fiscal pour pouvoir se déployer plus largement. Par exemple, le remplacement de l’oxygène par l’hydrogène dans les hauts fourneaux ou la capture du CO2 et sa réutilisation dans l’industrie agricole, agroalimentaire et chimique.
Enfin, Air liquide veut impliquer l’ensemble de son écosystème en dialoguant avec les pouvoirs publics, les partenaires industriels, les ONG, en faisant notamment la promotion de l’hydrogène pour les transports, l’énergie et l’industrie. Selon l’entreprise, son utilisation permettrait de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 10 gigatonnes (sur les 34 gigatonnes nécessaires dans le cadre d’une trajectoire 2°C) d’ici 2050 et représenter un marché de 2 500 milliards de dollars.
Une entreprise qui reste très émettrice
L’entreprise parie donc sur l’innovation : 30 % de la R&D, soit 100 millions d’euros sont consacrés chaque année à la réduction de l’empreinte carbone et en 2018 40 % des décisions d’investissement ont intégré l’environnement et les objectifs climat. Résultat : les solutions vertes comptent aujourd’hui pour 40 % des ventes d’Air liquide.
Un effort nécessaire. Air liquide fait partie des 61 entreprises nouvellement ciblées par l’initiative Climate Action 100+ en tant qu’entreprise à même d’accélérer la transition énergétique. Celle-ci regroupe près de 300 investisseurs institutionnels représentant près de 300 000 milliards de dollars d’actifs qui s’engagent à pousser les 160 entreprises les plus émettrices de gaz à effet de serre à poursuivre leurs efforts en ce sens pour espérer atteindre les objectifs de l’Accord de Paris.

Béatrice Héraud @beatriceheraud
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