Total et ses partenaires ont reçu l’autorisation de mener une campagne d’exploration pétrolière au large de la Guyane. La collectivité territoriale se réjouit des ressources à venir, tandis que des ONG dénoncent ce projet. Le juge de paix sera la géologie sachant que la première campagne de 2012 et 2013 avait été un échec.
La question du pétrole guyanais est dans le débat public depuis presque 10 ans. Il resurgit aujourd’hui avec l’arrêté préfectoral qui permet au pétrolier français Total de mener un programme d’exploration au large de ce département d’outre-mer. La collectivité territoriale de Guyane (CTG) se réjouit de cette décision.
La responsable des relations extérieures au sein de Total Exploration & Production Guyane Française a confirmé la signature de cet arrêté au site d’information local Guyaweb et ajouté que ledit arrêté du préfet ferait l’objet d’une publication ces prochains jours.
Selon sa demande, la société Total Exploration & Production Guyane française SAS vise dans un premier temps le forage d’un puits d’exploration dans la partie centrale du permis Guyane Maritime à partir de fin 2018, début 2019 et sur une période de quatre mois. La zone centrale n’a jamais, elle, été forée.
Enquête opposée
Cinq forages ont déjà eu lieu dans la partie sud-est des eaux guyanaises et tous se sont révélés infructueux. Les conditions d’exploitation ont été jugées non rentables par les industriels. Pourtant des études géologiques imaginaient jusqu’à un milliard de barils dans la zone, chiffre conforté par les riches ressources voisines au Suriname et au Brésil.
Du côté de Greenpeace, on s’insurge. "Moins d’un mois après la publication du rapport du Giec, la France autorise Total à forer en Guyane. Derrière les beaux discours, notre pays continue à privilégier les intérêts des industries les plus polluantes au détriment de l’intérêt général", juge Edina Ifticene, chargée de campagne Océans.
Sur place, le projet a donné lieu à une enquête publique réunissant 7 183 avis. 7 173 avis s’étaient montrés défavorables à ces forages en mer pour 8 avis non définis et 2 favorables.
La commission d’enquête a émis un avis favorable avec néanmoins trois recommandations : "remettre en activité la Commission de Suivi et de Concertation (CSC) sur le pétrole en Guyane", "établir un cahier des charges spécifique sur les procédures de rejet des boues dans l’océan et le traitement des boues toxiques" et "mettre en œuvre un contrôle effectif par l’autorité publique de ces rejets".
Trois conditions et 10 millions d’euros
La CTG, favorable aux travaux, rappelle que la signature de cet arrêté permet de concrétiser un accord de partenariat avec "le groupe pétrolier qui fixe la mobilisation de 10 millions d’euros par ce dernier au profit de l’économie locale", accord qui était subordonné "à l’autorisation du projet de forage".
Le 20 décembre dernier, le Parlement a voté la loi Hydrocarbures de Nicolas Hulot, ancien ministre de la Transition écologique. Elle prévoit d’amorcer la sortie progressive de la production de pétrole et de gaz, en n’attribuant plus de nouveaux permis d’exploration dès maintenant et en ne prolongeant pas les concessions existantes au-delà de 2040. La demande de Total est toutefois antérieure à cette loi.
La France n’a jamais été grand producteur : 815 000 tonnes de pétrole par an, essentiellement dans les bassins parisien et aquitain, soit 1 % de la consommation nationale. Pour le gaz, le pays produit environ 2 % de ses besoins.
Hasard du calendrier, cette annonce intervient juste après une interpellation de Total sur son devoir de vigilance sur le climat. Les maires de plusieurs villes françaises et des ONG ont demandé mardi 23 octobre au groupe français d’agir pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°. Faute de quoi ils pourraient l’attaquer en justice.
Ludovic Dupin, @LudovicDupin