Tout devait être prêt au 31 mars… Les 1 400 stations de vélo en libre-service installées et connectées au réseau électrique. Mais au 22 mars, nous en sommes à peine à 450. Sur le terrain, c’est la panique : des Velib’ impossibles à décrocher ou à rendre, des stations en carafe. Smovengo, le successeur de JC Decaux pour ce service, est cloué au pilori. Mais il refuse d’assumer seul les responsabilités.
Face à la déferlante de critiques, Smovengo, qui a pris le relais de JC Decaux pour le déploiement des nouveaux Vélib’, est sorti de son silence. Dans un long communiqué publié le 11 mars, l’entreprise héraultaise a souhaité "rétablir quelques vérités" et répartir les responsabilités. Novethic passe au crible ses arguments.
1/ Premier visé, JC Decaux
"Notre concurrent a tout tenté par ses recours juridiques (tous perdus !) et ses manœuvres dilatoires, y compris en matière sociale, pour retarder le passage de relais. Pire, son très grand retard dans le démontage de ses stations perturbe fortement la montée en puissance de nos chantiers. Apparemment Chez JCDecaux, la perte du plus grand contrat de vélos en libre-service au monde a du mal à passer", accuse Smovengo.
Réponse immédiate de l’intéressé : "Au 1er mars, JCDecaux avait démonté 797 stations. Smovengo a été en faculté de n’en ouvrir que 324". Par ailleurs, Smovengo "n’a toujours pas démarré les travaux sur 177 des stations qui lui ont déjà été transférées et ne les a toujours pas achevés sur 245 autres", ajoute le groupe. "Déployer un projet de cette envergure nécessite de l’anticipation, des compétences et de l’expérience ainsi qu’une forte implication des équipes", tacle l’ancien opérateur.
2/ Le client également accusé
"La gestion administrative du projet par le SAVM (Syndicat Autolib’ et Vélib’ Métropole) a souffert de graves insuffisances. Face à la multiplicité des intervenants techniques, seule une gestion administrative parfaite aurait permis de tenir les délais" poursuit Smovengo. "La contractualisation par le SAVM a dérapé de 3 mois et six semaines supplémentaires ont été perdues pour la validation des designs des bornes et des vélos. Par ailleurs, près de 200 adresses définitives de stations ne nous ont pas encore été transmises."
"Les élus du SVAM attendent du nouvel opérateur Vélib’ la démonstration de ses capacités à livrer des services à la hauteur des attentes légitimes de ses abonnés" répond laconiquement le syndicat qui a procédé au remboursement total des abonnements de janvier et février.
3/ Enedis retarderait les raccordements électriques
"Les besoins électriques du nouveau service n’ont rien à voir avec le système précédent et obéit à des normes plus contraignantes. Le sous-sol parisien se révèle beaucoup plus complexe que ne l’imaginait le SAVM sur le plan du génie civil dans son cahier des charges. 544 stations ne peuvent toujours pas être raccordées au réseau électrique car les informations techniques ne sont pas disponibles. Près d’une centaine de stations ne sont pas aujourd’hui électrifiées en raison des retards de plusieurs semaines d’Enedis", justifie encore Smovengo.
"À ce jour, sur les 1200 bornes prévues et sur les 376 annoncées comme mises en service, seules 159 sont conformes techniquement pour que nous puissions les raccorder au réseau", explique Enedis qui précise qu’une fois les critères techniques remplis, le délai moyen de raccordement n’est que de 3 jours.
4/ Manque de transparence de Smovengo
Malgré sa mise au point, Smovengo peine à convaincre. Il lui est reproché notamment son manque de transparence sur les délais. Pendant plusieurs semaines, la société a répété que 80 stations seraient ouvertes par semaine, et que l’objectif à fin mars serait tenu. Or, le rythme actuel est de 30 stations en moyenne ouvertes chaque semaine. De même, les abonnés ont déploré un manque d’information sur les stations réellement en fonctionnement.
"100% des équipements (vélos, bornes, bornettes) nécessaires au projet sont produits et disponibles. Notre consortium est constitué d’acteurs leaders européens et mondiaux et travaille sur Vélib’ Métropole avec les meilleurs partenaires possibles à l’exemple de Bouygues, Colas ou High Graph dont le professionnalisme ne saurait être remis en cause", tente de rassurer Smovengo.
Pour les utilisateurs, il faudra encore s’armer de patience puisque, au final, la totalité du nouveau service Vélib’ ne sera pas déployé avant cet été.
Concepcion Alvarez, @conce1