Mort d’Ingvar Kamprad : son plan pour bâtir l’empire Ikea

Ingvar Kamprad, le fondateur d'Ikea est mort à 91 ans. Dans ses mains, le catalogue du groupe édité à 200 millions d'exemplaires. - SOREN ANDERSSON / TT NEWS AGENCY / TT News Agency/AFP
Ingvar Kamprad, le fondateur d'Ikea est mort à 91 ans. Dans ses mains, le catalogue du groupe édité à 200 millions d'exemplaires. – SOREN ANDERSSON / TT NEWS AGENCY / TT News Agency/AFP

Le fondateur d’Ikea, Ingvar Kamprad, est mort le 28 janvier 2018 à 91 ans. L’homme est toujours resté discret, dans l’ombre du géant de l’ameublement qu’il avait construit. Un empire à l’image écolo mais qui cache quelques zones d’ombre. Retour sur l’endroit et l’envers du géant du meuble en kit.

Avec la mort de son fondateur, Ingvar Kamprad, c’est une page d’Ikea qui se tourne. Le Suédois, qui a créé l’entreprise alors qu’il n’avait que 17 ans, a toujours préféré rester dans l’ombre. Mais son esprit de frugalité a irrigué tout le business model du groupe devenu n° 1 mondial de l’ameublement.
En 2017, Ikea est devenu un empire, à l’influence bien plus large que son seul secteur : il compte 149 000 collaborateurs, 355 magasins. Implantée dans 29 pays, la marque affiche un chiffre d’affaires de 34,1 milliards d’euros. Si tous saluent le génie de l’entrepreneur, sa personnalité controversée se retrouve aussi dans l’image de la marque.

Côté pile: une entreprise en faveur de la transition écologique et énergétique
Energies renouvelables. Avec 415 turbines, Ikea se targue de posséder désormais plus d’éoliennes que de magasins (355). Implantées en France, au Canada ou en Italie, elles permettront au groupe d’être autosuffisant en énergie d’ici 2020. Le groupe est engagé depuis des années dans la lutte contre le changement climatique. Aussi, lorsque Donald Trump a annoncé le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris, l’entreprise a rejoint le mouvement "We Are Still In" qui invite l’économie américaine à respecter les engagements climatiques du pays. Il est aussi l’un des fondateurs de la coalition We Mean Business qui oeuvre pour la transition vers une économie bas carbone.
Eco-conception. Les meubles en kit, c’est bon pour le portefeuille et la planète ! Pliés et compactés, dessinés pour utiliser le moins de matière et le moins de place dans les transports, les meubles Ikea émettent ainsi moins de CO2 et évitent le gaspillage de bois (censé être géré 100% durablement) et autres matières premières. Depuis 2010, les produits éco-conçus comptent pour 55 % des volumes de ventes totales dans le monde.
Salaire décent. En 2015, Ikea se fait remarquer au Royaume-Uni en s’engageant à payer un salaire dit décent à tous ses employés, c’est-à-dire au-dessus du salaire minimum, établis sur les critères de la Living wage foundation. Jusqu’alors, aucune chaîne de magasins de taille majeure ne s’était engagée à verser un tel salaire à ses employés. Mais pour Ikea, il s’agit d’un "investissement à long terme" car "une équipe bien payée est en mesure de mieux travailler, pour le bonheur des clients".

Côté face: les zones d’ombre des conditions de production
Optimisation fiscale. Décembre 2017, la Commission européenne ouvre une enquête contre Ikea en raison de douteux montages fiscaux aux Pays-Bas ou au Lichtenstein notamment. C’est l’une des plus importantes investigations lancée jusqu’ici par Bruxelles à l’encontre d’une multinationale européenne dans le cadre de la lutte contre l’évasion fiscale.
Conditions de travail. Produire des meubles low cost pour les rendre accessibles au plus grand nombre, c’est le credo de la marque. Mais à quel prix ? Dans les années 90, puis dans les années 2000, Ikea s’est fait épingler sur le travail d’enfants et la violation des droits des travailleurs, notamment en Asie. Le groupe a répliqué avec un code de conduite : l’Iway (Ikea Way on Purchasing Furnishing Products), basé sur les conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT), la Convention des droits de l’Homme et les législations des Etats. En 2012, le groupe reconnaissait aussi avoir fait travailler des prisonniers politiques de RDA, dans les années 70.
Surveillance des salariés. La filiale française a-t-elle fait des recherches illégales sur d’éventuels antécédents judiciaires de son personnel ? C’est ce que pourrait avoir à trancher la justice dans les prochains mois, selon le réquisitoire du parquet du tribunal de grande instance de Versailles. L’affaire remonte à 2012. La branche hexagonale est accusée d’avoir obtenu des informations sur des salariés et des candidats figurant dans le STIC, un fichier des services de police. Plusieurs dirigeants d’Ikea France ont déjà été mis en examen pour cette affaire.
Biodiversité/gestion forestière. En 2017, Cash investigation, l’émission d’investigation de France 2 s’intéresse à la gestion forestière et au premier acheteur mondial de bois : Ikea. L’équipe d’Élise Lucet enquête sur une zone grise de l’exploitation forestière : la Roumanie, dont provient 6% du bois consommé chaque année par le géant suédois. Attaqué sur la possible utilisation de bois d’origine illégale, Ikea répond que grâce à son standard Ikea forestry, le groupe garanti que 100% de son approvisionnement en bois est bien géré durablement. 
Béatrice Héraud @beatriceheraud

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